Inutile de commencer à grincer des dents, que vous soyez mâles ou femelles : j’estime que le sujet ne fâche pas forcément.
Le partage des tâches, c’est une saloperie de cheval de bataille dans les médias. Tout le monde a son mot à dire sur le sujet et, de façon, paradoxale, c’est souvent dans des conseils de négociation dignes du XIXème siècle que la presse féminine s’illustre pour amener la femelle à convertir le mâle au bonheur du lessivage, du torchage et du ménage.
En gros, l’obejctif est d’instaurer une saine parité. Bon. Le souci, c’est qu’à chaque fois qu’on part sur un aussi bon pied, on trébuche dès le premier pas car on appréhende le Mâle comme une espèce totalement primitive et complètement infantilisée, avec laquelle il va falloir traiter, négocier, menacer, voire supplier.
N’importe quoi ! Le Mâle est une espèce absolument charmante, dont nous sommes les égales. Et dont nous sommes différentes. Etre égale ne signifie pas être identique. Et être égale ne signifie pas transformer son mec en gamin qu’on sermonne.
Donc, pour le partage des tâches, quelques conseils simples à appliquer :
- Renoncez à ce ton de maîtresse d’école faussement conciliante lorsque vous amorcez une discussion sur le sujet. C’est ridicule et humiliant.
- Renoncez également aux hurlements. Vous n’êtes pas une poissonnière.
- La parité fonctionne dans les deux sens : si votre mec s’engage à se farcir 50 % du ménage, vous vous engagez bien évidemment à faire, une fois sur deux, la vidange de votre voiture et à rentrer 2 des 4 stères de bois qui vous permettent de faire crépiter de si jolis feux dans votre cheminée. Tant que vous y êtes, portez vous-même les lourdes charges (packs de flotte, etc) et apprenez à vous servir d’une perceuse, d’une visseuse, d’une scie circulaire ; familiarisez-vous avec les bruits étranges que pourrait émettre votre voiture : votre mec ne risque-t-il pas de penser que vous lui manquez de respect si vous niquez un cardan de CETTE PUTAIN DE voiture qu’il ENTRETIENT, BORDEL DE MERDE ?
- Le fait que votre homme ne perçoive pas que la baraque est en bordel, ou qu’il a laissé traîner des trucs sur votre chemin, ne signifie pas forcément qu’il vous "manque de respect", qu’il vous "prend pour une conne", ou qu’il vous considère "comme sa bonne". Non, la vérité, c’est qu’il n’a simplement pas fait gaffe parce que pour lui, c’est pas tant le bordel que ça. En fait, vous avez tout simplement des notions différentes de ce qu’on peut appeler une porcherie.
- Apprenez à ne pas faire les choses. Au lieu de pousser des gueulantes mémorables, laissez pisser le mérinos et rangez vos propres affaires. Laissez-lui, dans le cadre d’un partage de territoire équitable, son bordel personnel, intime, sur lequel vous n’aurez aucun droit de regard. Oui, même si votre appartement n’est pas très spacieux et que ça dépare l’harmonie de votre salon. Car si vous exigez d’un homme qu’il participe à l’intendance, donnez-lui l’impression qu’il est chez lui dans sa propre maison : vous avez le droit d’être ordonnée, il a le droit d’être bordélique.
- Ne faites pas des tâches ménagères un symbole de féminisme. Agissez de façon concrète : vous l’aimez ? Sautez-lui au cou pour le lui montrer en le retrouvant le soir, que vous rentriez avant ou après lui. Passer des plombes à briquer ou cuisiner est peut-être ce que VOUS considérez comme une preuve d’amour, mais personne ne vous a rien demandé, donc ne vous étonnez pas de ne pas déclencher l’extase. Sautez-lui au cou, roulez-lui une grosse pelle, dites-lui qu’il est superbe et faites des pâtes ensemble. Ou tartinez des trucs sortis du frigo sur du pain. Ca ira très bien. Peut-être qu’en vous épargnant la préparation d’un repas, le débarrassage de la cuisine et la vaisselle, vous serez moins crevée, aurez donc moins envie de lui servir un couplet du style "mais tu te rends pas compte que je suis crevée, que j’en peux plus ? Je me tape tout ici, le ménage, les courses, les repas, tu t’en rends même pas compte, et après tu t’étonnes que j’ai pas envie de baiser…" Non, il ne s’étonne pas. Il regrette simplement que vous vous infligiez tout ça alors que personne ne vous y oblige, et que ça vous flingue la libido. Y a pas photo : après une vague casserole de nouilles, ou quelques sandwichs grignotés en papotant, on a beaucoup plus envie de baiser.
- Si vous avez, globalement, les mêmes contraintes professionnelles, ne vous prenez pas le chou : par exemple, comme vous êtes une nana sympa, vous voulez bien vous charger du linge à laver (il serait mesquin de ne pas fourrer le sien dans la machine), mais hors de question de vous farcir le repassage collectif. Donc, occupez-vous de vos fringues. Point barre. De même, celles qui n’ont pas été amenées par ses soins jusqu’à la machine à laver peuvent très bien rester en tas là où elles ont été jetées. En quoi ça vous dérangerait ? A la limite, c’est pas votre problème. S’il râle, ne prenez pas la mouche. S’il vous accuse de faire votre chieuse, assurez-lui que non, dites-lui simplement que vous avez envie de vous simplifier la vie. S’il gueule, faites comme lui quand vous gueulez : n’écoutez pas.
- Lorsque votre mec met la main à la pâte, il procède différemment de vous. Inutile de le faire chier pour ça. Si vous lui montrez qu’il fait mal, il ne fera plus et il aura bien raison.
- Le ménage, le rangement, toutes ces merdes, c’est important, certes. Mais pas capital.
- Si vous avez des enfants, sachez qu’un homme ne les manie pas comme une femme, et que c’est très sain : alors, épargnez-lui les conneries du genre "attention à sa tête", "mais tu vois pas que le biberon est mal incliné ?", "tu serres trop la couche", "il ne fera jamais son rot comme ça". Laissez-le se démerder avec son gamin pendant que vous prenez un peu de bon temps ailleurs. Un papa, c’est aimant, c’est attentif, mais ça ne materne pas. Ca paterne. Et c’est bon pour les enfants.
- Si vous vous trouvez dans une situation où votre emploi de temps est plus chargé que le sien (ponctuellement ou à long terme), et qu’il semble ne pas avoir bien saisi que si vous bossez PLUS QUE LUI à l’extérieur, il est supposé prendre le relais à la maison, dans des proportions raisonnables (à savoir que tout ne doit pas être forcément nickel mais que vous devez pouvoir rentrer en trouvant un intérieur pratiquable, de la bouffe dans le frigo et une logistique gérable), prévenez une fois gentiment : "écoute, quand c’est moi qui bosse moins que toi à l’extérieur, c’est logique que je prenne en charge une plus grande partie de toute la merde à faire ici. Bon, je te demande pas la lune, mais quand je rentre du boulot, je ne me farcis pas une deuxième journée. C’est pas une menace, ok ? Mais la prochaine fois, si c’est la merde quand je rentre, je gueule pas. Je repars". Et FAITES-LE : rentrez chez vous, souriante et pas sur la défensive, et si c’est vraiment la grosse merde, tournez les talons et barrez-vous. Sans faire chier le monde. Revenez longtemps après et refusez gentiment mais fermement d’en discuter. C’est sans appel et vous ne voyez pas où est le problème.
Au final, le partage des tâches doit être débarrassé de toute cette implication affective et symbolique qu’on y met depuis si longtemps. C’est un simple mode de fonctionnement équitable à trouver, et il n’y a aucune raison de le surinvestir émotionnellement.