Il y a quelques jours, en relevant les commentaires sur mon blog Girly, j’ai été interpellée par un des lecteurs qui parlait de moi comme de “notre sexbloggeuse”. Le commentaire, très gentil au demeurant, m’a vraiment prise de court.
Une sexbloggeuse… Qu’est-ce que ça peut bien être ? Et si je découvre ce que signifie ce terme obscur, me qualifierai-je alors de sexbloggeuse ? Franchement, j’aurais du faire de la philo. Non ? Bon. On règlera ça plus tard, j’ai décidé de ne pas me vexer.
Afin de percer le mystère du concept de la sexbloggeuse, j’ai donc entrepris de partir en exploration.
Je me suis baladée sur un tas de blogs, cherchant à comprendre au fil des centaines de pages visitées ce qu’est une sexbloggeuse, et à déterminer si j’en suis une. Pas d’affolement, OK ? Je ne vais pas subitement faire le coup de la vertu outragée en poussant les hauts-cris dans un but de crédibilisation blogosphérique à la mords-moi-le noeud, genre “oui, d’accord, je parle de la sexualité féminine, mais vois-tu Lulu, mon sentiment profond et mes convictions machins truc, bla bla bla, amener la lectrice à bla bla bla”. Mon éventuelle crédibilité m’indiffère et je ne veux amener la lectrice nulle part : ou elle aime bien ce que j’écris et ça me fait plaisir, ou elle n’aime pas et c’est pas grave, globalement je n’ai pas l’intention de me retrousser les manches pour convaincre les réticentes.
Mais la sexbloggeuse, c’est tout simplement lunaire, comme concept : alors comme ça, d’emblée, la sonorité du terme m’évoque une sorte de performance musclée et tout en puissance déliée. Un peu comme une course de fond ou un show sportif. Le mot appelle des rapprochements hasardeux avec “joggeuse”, “hardeuse”, bref ça sent la bonne foulée, l’effort d’endurance, le défi et la gagne.
Ensuite, on prend en pleine tronche le mot “sexe”, et je dois dire qu’à froid, les yeux fermés devant l’écran, ce sont plutôt des images bien chaudes qui auraient tendance à défiler devant mes yeux : de la fesse nue sous de la mousseline, du rose très pâle ou du fuschia, des clics nerveux et empressés sur des photos ou des vidéos, le croustillant de récits intimes et de photos cochonnes. Blog et sexe. Les deux tickets gagnants sous le clic de souris.
Mais je ne me retrouve pas là-dedans, ça va sans dire. Serais-je le maillon faible ? Meuh non, n’importe quoi. Je suis une bloggeuse. Je parle de sexe. So, what else ? (Mmmmm, George, rapllique illico avec ma tasse. Un sucre s’il te plaît. Et dégage de-là, tu me déconcentres quand j’écris. Pffff, qu’est-ce qu’il est collant ce mec !)
Je suis une femme, je blogge, je parle de sexe et je ne montre pas mon cul. Je tiens un blog qui, mine de rien, est tout de même vaguement girly, mais comme je n’ai pas la moindre bribe de talent pour faire rire en parlant de fringues ou de maquillage (et je suis très cliente des bloggeuses qui savent le faire, elles m’épatent et je les lis fidèlement. Je dois d’ailleurs à Hélène de savoir me faire un oeil smoky), j’ai eu l’idée de ne parler que de la sexualité féminine. Sur le coup, ça m’a fait rire et j’ai pensé que ça pourrait intéresser les femmes. Voilà à quoi se résumait le concept. A l’heure qu’il est, je constate qu’il y avait en effet un lectorat pour ce blog-là.
Et me voici aujourd’hui appelée à écrire pour Neoplaisir, dont l’esprit d’ouverture sur la sphère féminine n’empêche pas une connotation fortement sexuelle ; et je me dis que ma présence ici s’explique peut-être aussi par l’idée d’un chaînon manquant.
Alors entre les blogs “sexy” et les blogs “de fille”, il n’y a pas de maillon faible. Il y a bien un chaînon manquant. Les tranchées creusées par les usages en vigueur dans la blogosphère et les paravents se dressant entre les différentes catégories de blogs féminins établissent une subtile hiérarchie, au-delà même de la volonté des bloggeuses.
Mais en dehors de ces clivages, le chaînon manquant est là, et il se cristallise dans ce terme athlétique : sexbloggeuse.
Je rends ici hommage à Maïa qui, à un tout autre niveau (c’est une pro), est l’illustration parfaite de la sexbloggeuse. Quelqu’un a-t-il vu les fesses de Maïa en ligne ? Non. Maïa nous parle-t-elle de son gloss ? Non. Ou peut-être que si, mais alors j’ai zappé cet épisode…
Je pense donc que la sexbloggeuse n’est ni un objet de fantasme – ou juste pendant les cinq premières minutes - ni une paire de fesses à vendre, ni une raconteuse de vie exhibitionniste. La sexbloggeuse tient un blog et parle de sexe. Elle a une vie normale, elle est peut-être mère de famille, elle n’a pas forcément de dispositions particulières pour les acrobaties sexuelles, ou peut-être que si, bref elle est comme tout le monde. Elle détonne simplement par la facilité avec laquelle elle peut mettre des mots sur le sexe. Elle soulage ses lectrices de leur éventuelle pudeur et verbalise avec légèreté tout ce qui peut poser problème à d’autres. Elle ne recule pas devant les mots. Elle ne se met pas à nu, mais déshabille la sexualité en ligne, dans un esprit féminin qui la démarque des blogs de cul, et dans un esprit sexy qui la démarque des blogs de fille. Ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est juste une autre façon de blogger.
Alors au commentateur qui m’a vue comme une sexbloggeuse, je dis : OK, ça me va. De la façon dont je l’envisage, le mot ne véhicule aucun cliché réducteur ou péjoratif. Bloggons donc, et parlons de sexe.
Mais là tout de suite, ça ne va pas être possible, parce qu’à midi je fais un sauté de porc aux carottes, et il faut que je me mette au boulot.
Nous voilà donc affublées d’un qualificatif !
Ok même si je n’aime pas les catégories, vive les sexblogueuses
PS : te voilà donc enfin sur WordPress !
J’en ai été la première surprise d’ailleurs : je ne connaissais même pas le mot…
Pour les catégories, entièrement d’accord avec toi : j’ai d’ailleurs trouvé un article vraiment sympa chez Boytoy sur les catégories des blogs de fille. Je vais le mettre en lien…
Merci de ta visite ici en tous cas, ça me fait très plaisir
Effectivement le terme de sexbloggueuse fait un peu trop hardbloggueuse à mon goût…
Et sinon, t’ai-je déjà dit que j’aimais beaucoup quand tu écrivais tel un magazine ?
Genre “oui, d’accord, je parle de la sexualité féminine, mais vois-tu Lulu, mon sentiment profond et mes convictions machins truc, bla bla bla, amener la lectrice à bla bla bla”…
)
Morte de rire
Merciiiii !
N’est-ce pas que c’est super claaaasse ! On sent que ma réputation m’importe énormément…
En vérité, je crois que ce serait un peu tard, maintenant, pour me préoccuper de ma réputation : c’est mort pour moi
tu es simplement une bloggeuse talentueuse ! que tu parles de sexe ou pas… journal d’une peste, epidemik…
essaie de parler de fringues, je suis sur que tu seras convaincante !
Thomas, en fait tu me lances un défi, c’est ça ?
C’est super gentil en tous cas, merci à toi.
oui c’est un peu ça ! défi relevé ???