Je me suis longuement interrogée sur la meilleure façon de commencer ce billet… Quelle introduction rédiger ? Sous quel angle aborder le sujet ? De quel point de vue me placer ? Quel regard adopter pour retranscrire mes émotions ?
Et justement, c’est cette dernière question qui m’a permis de me lancer : car c’est d’émotion dont j’ai envie de parler aujourd’hui.
Documentée, renseignée, à l’écoute, en démarche d’ouverture, sans préjugés, sans idées reçues, voilà ce vers quoi je tends. Je pose des questions, je sollicite, je cherche des informations, bref je fais de mon mieux pour trier avec pertinence ce qui relève de réalités concrètes de ce qui n’est finalement que l’exposé de théories.
Mais en définitive, c’est dans une démarche de corps à corps amoureux que j’avais envie d’écrire aujourd’hui.
Lorsqu’on dit “sexe et handicap”, on soulève d’énormes interrogations. Qu’est-ce que le handicap tout d’abord ? Quelles sont les notions extrêmement complexes et variées contenues dans ce terme évocateur de tout et parfois de n’importe quoi ? Quels tabous sociaux pèsent encore sur la sexualité des personnes handicapées ? Pourquoi, malgré l’évolution des moeurs et les efforts accomplis pour faire tomber les barrières, les idées reçues persistent-elles ? Pourquoi l’évocation de la sexualité dans le cadre du handicap repose-t-elle sur une inévitable cassure entre celui qui est valide et celui qui ne l’est pas ? Certes, prendre en compte les spécificités est nécessaire. Mais prendre en compte ne signifie pas forcément scinder.
Et surtout, dans le cadre de l’émotion qui m’anime, pourquoi, lorsqu’on parle de sexe et de handicap, met-on si souvent l’accent sur ce qui est différent au lieu d’ouvrir son esprit à ce qui est identique ?
Loin de moi l’idée de nier ce qu’implique la prise en compte du handicap dans la sexualité, tant au plan physique que psychologique. Ce serait faire preuve d’un aveuglement ridicule. Simplement, j’avais envie de mettre aujourd’hui l’accent sur le fait que les émotions partagées dans la sexualité sont les mêmes, que l’on soit valide ou pas.
Je suis valide, lui non : voilà le constat devant lequel je me suis trouvée un jour. Moi debout, lui assis. Et en même temps que le désir qui monte, un décalage qui s’installe… J’étais aveugle. Aveugle et naïve, car à mon obstination passionnée “mais pour moi ça ne compte pas !”, il répondait “si, ça compte, et tu dois l’accepter”.
Notre désir était réciproque, nos sensations identiques, mais nos émotions différentes. En effet, en niant la prise en compte du handicap, je niais ses appréhensions, et mon désir en devenait égoïste. Ce que j’estimais être l’acceptation pure et simple de son handicap s’est révélé être une sorte d’aveuglement confortable : plus j’estimais mes dénégations rassurantes, plus il s’angoissait de me voir nier les faits. J’étais debout et lui assis. Je n’avais pas compris que mon refus de l’entendre, lui, dans cette difficile quête de confiance et cette envie de se dire, pouvait être anxiogène pour lui.
Je nous voyais simplement différents, il nous voyait inégaux. Et c’est lorsque j’ai admis son point de vue et accepté de recevoir ses doutes, ses peurs, que nous nous sommes enfin trouvés à égalité.
A partir de là, tout a été parfaitement naturel. Ce qui nous séparait avait été réduit à peu de choses au regard de nos similitudes.
L’envie de se donner. L’envie de prendre. L’abandon dans les bras de l’autre. L’offrande de mon propre plaisir et la joie de recevoir le sien. Les gémissements, l’embrasement réciproque au contact de nos peaux, l’extase, la tendresse, la brusquerie, bref tous les emportements de l’érotisme le plus débridé…
Tout cela, c’est ce qui nous rapproche. La notion de partage et de don de soi, l’ivresse des parfums du sexe, et la baise, le cul, la jouissance, l’amour.
Tout ça, c’est pareil. Qu’on soit valide ou pas.
Non, je ne nie plus les implications pratiques. Mais elles ne sauraient faire le poids à côté de l’essentiel.
j’ai eu la chance de partager pendant plusieurs semaines des discussions fortes intéressantes avec une jeune femme malade ( dcd depuis)et d’apprendre par l’intermédiaire d’un blog en particulier que valide et non valide et bien quand on s’aime c’est pas grave
tout est possible!!!
et oui des que l’envie est là après tout, le résultat est le même ,même si on doit peut être procéder autrement;elle me disait que les câlins et la tendresse faisait beaucoup mais en fait pour LES VALIDES aussi non ou alors j’ai encore rien compris moi?
bravo pour cet article
bravo et merci =)
émue…
très beau billet …
article interessant.
à voir aussi : “Mon mari est handicapé, et alors ?” ou “Handicap et sexualité : le témoignage de Nathalie” sur :
http://chocolatcannelle.canalblog.com/archives/opinions_et_humeur/index.html
Pfff.
Désolée pour le passage de mon mari.
Je ne peux malheureusement pas supprimer ce qu’il a écrit.
Il faut juste ne pas en tenir compte.
@Fredb et Steph : ah, mais je suis ravie que ce commentaire ait été posté, c’est extra ! En fait, le boss m’a appelée l’autre jour et il m’a dit que deux billets avaient été publiés presque simultanément sur le sujet, dans le webzine et ici… Je trouve la coïncidence super (manquant de temps, je n’avais pas lu les derniers textes du webzine), et j’ai lu avec grand plaisir le texte mis en lien. Du coup, j’ai parcouru le reste du blog, et j’ai beaucoup aimé.
Donc Fredb, merci d’avoir mis ce lien. Et Steph, merci pour ce texte touchant.
Jean-Pierre m’a prévenue que tu avais écrit ce texte sur le handicap au retour de mon week-end. Mon mari ne l’a découvert par contre qu’hier.
Je ne te l’ai pas dit, vu que j’étais préoccupée par le seul commentaire de mon mari que je trouvais déplacé et que d’une manière générale je commente peu ce que je lis, mais je trouve ton texte très beau. Je l’ai mis en lien sur un forum, “handi life”, les commentaires ont été les suivants : “joliment écrit / beau / très beau”.
Par contre, cela ne correpond pas à mon vécu, nous n’avons pas le même ressenti, pas exactement les mêmes interrogations. Et je pense que c’est pour cela que mon mari a voulu mettre le lien de mon blog ici (mais bien sûr, les textes étaient mis également sur le webzine de neoplaisir, mon blog n’étant là que pour recentrer ce que j’écris à droite et à gauche).
C’est super gentil d’avoir mis mon texte en lien, merci beaucoup !
Le commentaire de ton mari n’est, à mes yeux, pas déplacé du tout. Et j’aime la complémentarité… Nos deux textes sont exactement ça : complémentaires. Ils apportent chacun un éclairage différent, des émotions personnelles, et c’est ça qui est enrichissant. Merci à vous deux !
Merci à toi d’avoir ajouté mon blog dans ta liste, à droite de la page. Je viens de m’en rendre compte, ayant eu une visite venant d’ici. Comme cela m’a semblé hyper curieux, j’ai suivi le fil…