Cette chienne de vie fourmille de débats à la con : par débats, je ne veux pas dire “opinions qui s’opposent”, ou “point de vue divergents”. Non, je parle de véritables échanges, parfois violents, au cours desquels les partisans d’un “camp” cherchent désespérément à convaincre les partisans du camp adverse.
Mouais. A bien y réfléchir, “débat” est encore un mot trop élégant pour résumer les pitoyables empoignades entraînées par des prises de position souvent incompréhensibles. Parce que la question que je me pose est en vérité la suivante : Pourquoi ne pas simplement simplement respecter les convictions différentes des nôtres ? Le fait que j’aie deux enfants et que je les adore m’autorise-t-il à faire chier les gonzesses non reproduites pour les assommer d’arguments débiles faisant intervenir des expressions comme “toi aussi, tu verras…”, “horloge biologique… imparable”, “une femme sans enfants n’est pas complètement bla bla bla…”.
La réponse est NON, mille fois NON. Aucune conviction relative à des choix de vie relevant de l’intimité, de l’inclination personnelle, d’une orientation de l’esprit ou du corps ne permet d’aller emmerder le monde qui, de façon inexplicable, a parfois l’audace de penser différemment.
Alors s’il vous plaît, vous qui êtes persuadé(e)s que vos choix de vie sont les bons, faites une fleur à l’humanité : savourez votre plénitude si vraiment vous êtes heureux(se), et cessez de croire que ceux qui vivent différemment ont tort, le regretteront un jour, ou s’en mordront les doigts.
Et surtout, SURTOUT, oubliez ces débuts de phrases ridicules : “Bon, tu fais ce que tu veux, mais tu verras, un jour tu regretteras…”, “Je ne comprends pas qu’on puisse…”, “Avant, je pensais comme toi, mais depuis que…”, “Non mais réfléchis deux secondes : c’est évident que…”.
Au top des “débats” actifs, je relèverai les plus débiles. Je constate donc actuellement une particulière effervescence autour des thèmes suivants :
- Girly / Pas girly (dans la vie ou sur les blogs) : sans commentaires. Moi je tiens un blog où je me fous de la gueule du “rose-pourri”, et je prône avec une épouvantable mauvaise foi un parti pris “anti-pouffe”. Mais vendredi soir, j’ai (comme souvent) passé 1h30 au téléphone avec La Crevette à parler successivement de : ma robe noire préférée, mes salomés, son superbe collier ethnique en rotin (on s’envoyait les photos par mail pendant la conversation, pour visualiser. Fort, non ?), le concept du twin-set, si possible en cachemire, le problème de l’application de l’autobronzant sur une carnation très claire, l’interdiction absolue de la rayure horizontale ou des imprimés sur une carrure de ronde… Oui, donc je confirme l’inutilité d’un débat sur le sujet “girly / pas girly”.
- Blogs vendus (donc blogs de putes) / Blogs pas vendus (donc blogs intègres), suivi de près par son corollaire : blogs corrompus par l’argent / blogs avançant la tête haute sans un rond (le bloggeur sera équipier au McDo s’il a pas de boulot, mais c’est plus digne que d’être payé pour écrire. Liberté, que de conneries on profère en ton nom). NDLA : l’auteure étant personnellement très très corrompue, amoureuse de l’argent et totalement prostituée au grand capital, le lecteur attentif aura noté l’ignoble mauvaise foi avec laquelle ces mises en opposition sont sournoisement présentées, de façon à influencer le lecteur en faveur d’un précepte parfaitement révoltant pouvant se résumer à “prends l’oseille et tire-toi”.
- Mariage et monogamie / Célibat et feu au cul : ce débat précisément me fait beaucoup rire, étant personnellement mariée et appréciant la délicieuse façon dont mon conjoint me met le feu au cul.
- La bisexualité existe / La bisexualité n’existe pas, c’est une étape transitoire ou la peur d’assumer l’homosexualité (pfff…)
- Nullipares / Multipares : celui-là, il déchire grave, les mères de famille étant particulièrement pénibles, gonflantes, et ridicules avec leur prosélytisme à la con. Je me demande dans quelle mesure leur propre maternité les gonfle parfois, et dans quelle mesure le fait de tenter de convaincre les filles qui ne veulent pas de gosses leur permet de légitimer leur propre maternité avec tout ce qu’elle comporte d’ennuyeux. A croire que ça leur troue le cul d’admettre qu’une femme peut parfaitement être épanouie et complète sans mettre bas, et surtout que la liberté, le vrai féminisme, c’est aussi ça : choisir ou non d’être mère. Sans être polluée par des logorrhées geignardes et pourries de poncifs sur l’horloge biologique et autres lieux communs.
- Sextoys / Pas sextoys : ah, ça, c’est puissant ! Avant, c’était hype d’en posséder. Maintenant, c’est hype de prétendre qu’on ne cède pas à cette mode et qu’on n’est pas le genre de filles à cautionner cette pseudo-libération et bla bla bla, sans oublier de bien préciser que du coup, à quoi servent les hommes si on les remplace par des objets. Mon Dieu. On en est encore là. C’est triste. Euh, ‘scusez-moi les gens, mais moi, ce que je trouve sympa, c’est de jouir. Seule ou à deux. Avec ou sans sextoy. Alors pourquoi on se dispute, hein ? Parce que si on part dans ce genre de trucs, on peut enchaîner sur “l’orgasme est-il vraiment l’objectif d’un rapport sexuel épanouissant ?”. Oui, non, parfois, ça dépend (ça dépasse)… Bref, c’est sans fin. Un comportement, sexuel ou social, n’est pas forcément symptomatique de quoi que ce soit : c’est parfois juste un comportement donné à un instant donné.
- Vivre à Paris / Vivre en Province : l’argument choc de ce débat est sublime de connerie, et sort en général de la bouche de l’ancien parisien reconverti en gentleman pavillonnaire de banlieue, ou plus radicalement encore en véritable provincial qui fait pousser ses propres haricots bio et sa laitue à grand renfort d’anti-limaces (produit bleu assez surréaliste et capable de dégoûter à vie de la laitue). Le mec te dit donc d’un air pénétré : “Nan mais attends, on NE PEUT PAS élever des enfants à PARIS !”. Là, tournez-vous vers sa femme, et vous la verrez opiner du chef avec une conviction quasi-religieuse. Si vous avez le malheur d’objecter quoi que ce soit, vous aurez droit en prime au soporifique récit de “comment NOUS, on a réalisé que VIVRE à PARIS, c’était la FOLIE, et puis tu te rends compte, POUR LES GOSSES !”. Avis à ces acharnés : il est parfaitement possible d’élever des enfants à Paris. Si, si ! J’y étais ce week-end, j’en ai vu plein, des mômes. Pour autant que j’aie pu en juger, ils avaient la truffe fraîche et l’oeil vif. Résultat : je n’ai pas averti les services sociaux. J’ai bien fait ?
Au final, il me semble urgent de se convaincre qu’il faut cesser de convaincre. Question de respect.
Merci! Juste…
Ecrire ce billet fut un vrai plaisir
Merci Girly…
si je peux me permettre t’a oublié le combat blonde versus brune… j’adore te lire…
C’est très innovant comme post… innovant et honnete…
Ouiais, j’ai aimé te lire…
en somme : faisons l’amour pas la gueguerre c’est ça ?
@Mona : je n’irais pas jusque là
Simplement, sur des sujets qui, à mon sens, relèvent de choix intimes qui dépendent de paramètres extrêmement personnels, il me semble ridicule, voire pénible, de se trouver face à des gens obstinément prosélytes, cherchant à convaincre sans penser une seconde que ce qui est bien pour eux ne l’est pas forcément pour leurs interlocuteurs. 
@Ibid Norio : merci beaucoup, et bienvenue !
cela dit si c’est bien fait ça permet de débattre sur des sujets intéressant mais je comprend le sens général de ton billet bien sûr, un peu de respect que diable !
@Mona : justement, quand c’est “bien fait”, cela reste une agréable discussion, un échange de vues, et c’est enrichissant. Ce que je critique, ce n’est pas la divergence de vues, qui est source de richesse comme le disait St-Ex : “si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis”. Non, ce que je rejette, c’est justement l’absence d’échange, et cette manie, plus que fréquente, qu’ont certaines personnes (au lieu d’exposer simplement le pourquoi de leur choix en nous faisant profiter l’enrichissement que ça leur a apporté), de nous expliquer pourquoi NOUS avons fait le MAUVAIS choix, et pourquoi NOUS allons nous en rendre compte grâce à EUX. Et sur les sujets caricaturaux que j’aborde dans le billet, ça tourne souvent comme ça. Donc ce n’est pas un réel débat.Les gens qui veulent convaincre ne sont pas intéressés par ce qu’on aurait à dire sur nos choix, nos bonheurs. Ce qu’ils veulent, c’est qu’on ait tort.
Et je trouve que justement, ce qui enrichit les rapports humains, c’est la différence. Et ce qui me convient à MOI pour des raisons très persos peut très bien ne pas convenir à d’autres.
Je trouve très intéressant d’écouter les gens parler de leur vie, et jamais je ne dirai, par exemple, à une femme qui ne veut pas d’enfants, qu’elle le regrettera, ou “tu verras…” : je pense qu’une femme peut parfaitement s’épanouir sans enfants. C’est l’exemple le plus frappant
En gros, c’est aussi débile que de vouloir expliquer à quelqu’un qu’il a tort de ne pas aimer les endives.
Encore une fois le mot ‘respect’ et je vais être obligé de passer mon écran au napalm pour lui nettoyer la tronche. Soyez charitable avec lui, mais certainement pas respectueuse (beurk !).