Durant de longues années, j’ai été une fervente lectrice de magazines féminins. Accro à tout ce qui était un peu marrant, décalé, je m’offrais chaque mois le plaisir futile d’une dose massive de papier glacé.
Les féminins, c’était pour moi un moment de détente, de plaisir égoïste. J’affectionnais tout particulièrement le ton léger et sans façons de ces journalistes qui savaient traiter avec une efficacité jamais indigeste des sujets intéressants du quotidien : couple, sexo, développement personnel… Ca me semblait bien documenté et jamais outrancier, mais quel que soit le propos, c’était drôle et je n’en demandais pas plus.
Bien sûr, je faisais la part des choses et je me rendais bien compte que le “faire vendre” primait sur le “faire savoir”. Mais ça n’entamait pas mon plaisir et le deal restait honnête, d’une certaine façon, car le contenu demeurait, envers et contre tout, utilement informatif.
Et puis, il y a quelque temps, j’ai découvert d’autres plumes, d’autres sources d’info. Et ce que je trouvais unique dans la presse féminine (humour, ton, choix des sujets) s’est révélé poussif et redondant, comparé à certains blogs. Je ne prétends pas que je délaisse la presse féminine au profit des blogs, loin de là.
Si je délaisse mes magazines favoris, c’est entre autres parce que la qualité a baissé : les articles sont moins bien écrits et le ton s’essouffle. Ai-je vieilli ? Suis-je aujourd’hui plus critique parce qu’à 35 ans on n’est plus réceptive comme à 25 ? Peut-être. Mais même sans tenir compte de cela, un tour d’horizon des publications me donne l’impression que de façon flagrante, il n’y a tout simplement plus d’idées neuves. Avant, même un sujet déterré de l’année précédente pouvait être traité avec un ton neuf, sous un angle original et peu importait alors que le contenu ne réserve pas de surprises… On se marrait bien et c’est tout ce qui comptait.
Aujourd’hui, non seulement le contenu est devenu discutable mais en plus on trouve beaucoup mieux en fouinant sur certains blogs.
Ensuite, je ne supporte plus les dossiers sexo, et ça, ce n’est pas d’hier : j’ai toujours porté un regard mi-induglent mi-agacé sur ces professions de foi qui nous expliquaient comment baiser selon la saison, la mode du jour, la tendance de la semaine ou l’humeur marketing de l’année. Mais au fil du temps, et de la découverte sans cesse renouvelée des clés de l’épanouissement sexuel, je trouve quasiment indécents (et je n’emploie que très rarement ce terme, vu les cochonneries que j’écris en général) les mensonges qu’on raconte aux femmes pour faire vendre du papier. J’ai lu, au cours de l’année écoulée, des conneries sans nom dans ces magazines. Des trucs dont je n’aurais pour rien au monde voulu être l’auteur. Des trucs qui cautionnent une dérive inacceptable au regard du combat que la femme a livré pour s’émanciper sexuellement : la dérive de la surinformation mensongère, celle qui, en laissant croire des absurdités et en les enfonçant bien profond dans le crâne des jeunes femmes, muselle celles qui ne savent pas vraiment et qui n’oseront plus le dire après avoir lu les inepties proférées par ces rédactrices qui, magré tout, ne font que leur boulot en pondant les papiers qu’on leur commande.
Le mois dernier, pour la première fois depuis des lustres, je n’ai acheté aucun de mes magazines favoris. Depuis le début de l’année 2008, je trouvais qu’ils étaient plein de bêtises mais au moins je me fendais la gueule. Mais fin juin, je n’ai même pas ri. Aucun article ne m’a même arraché un soupçon de sourire.
Alors en l’honneur d’une de mes copines qui m’a confié il y a quelques mois : “moi, je jouis avec mon mari, j’ai des orgasmes et je sais les reconnaître, mais mon clitoris, je n’ai jamais réussi à le caresser toute seule. Le problème, c’est qu’avec tout ce qu’on lit, comment veux-tu que j’en parle ? T’imagines, en 2008, une nana qui dit qu’elle n’a pas trouvé son clitoris ? C’est la honte. Parce que quand tu lis tout ça, tu te rends compte que même si tu t’éclates au pieu avec ton mec, ben la plupart du temps ça n’a rien à voir avec les conneries qu’on te vend. Et même si j’ai des bonnes copines, je ne suis pas sûre qu’elles ne me regarderaient pas comme une débile si je leur avouais ça.”, je n’achète plus.
A la place, j’écris. Pas pour faire mieux (je ne suis pas cinglée), mais pour faire comme j’aime. J’écris ce que j’aimerais lire.
Je dis ce que je pense, et ça fait une tache minuscule et invisible dans ce monde de cul formaté.
Et cette tache-là, elle me tient à coeur.
Et tu sais à quel point on aime lire la tache que tu es !
Plus sérieusement, le peu que j’ai lu de cette presse, concernant les articles sexo, me fait penser à Voici, Public ou tout autre magazine racoleur : une couverture qui fait envie et sur laquelle on se penche en se disant “le graal est à l’intérieur”, pour finalement un contenu creux et sans grand intérêt…
“la dérive de la surinformation mensongère, celle qui, en laissant croire des absurdités et en les enfonçant bien profond dans le crâne des jeunes femmes”
Ce qui serait cool, c’est que tu illustres là. Parce que moi qui ne suis pas consommateur (c’est le terme le plus approprié je pense) de cette presse, je n’arrive pas à cerner quel est, au fond, le type d’abrutissement “sociétal” ou psycho de ces mags. Je sais par exemple que ce ne sont pratiquement plus que des catalogues de cosmétiques ultra fliqués par les marques qui les payent (1), et donc je comprends bien la notion de perte de qualité rédactionnelle… mais pour ce qui est de l’”idéologie” (désolé mais je n’ai pas d’autre terme sous la main) et des messages propagés par ces mags aux lectrices, je penchait plutôt pour du vide absolu entrecoupé du célèbre “consomme et tais-toi”‘. Mais je serais curieux de savoir ce que toi, oh divine plume
), tu entends par “surinformation mensongère” et “absurdités” (des exemples, des exemples !). Ouala.
(1) L’ASI consacré au sujet est assez démonstratif :
http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=702 et la prestation de “Anne de La Forest, rédactrice en chef du magazine DS” semble est archétypale du milieu…
Sinon j’aime beaucoup ce que vous faites.
)
(nan, mais je l’avais pas encore dit ici
@El Gaub : merci pour ce commentaire très pertinent
Ce que j’entends par “surinformation mensongère” est, en gros, cette espèce de débauche de détails sexuels et de conseils à la mords-moi-le-noeud qui finissent par enfermer les femmes dans le silence : par exemple, la masturbation, le clitoris, la sodomie, la levrette… Les dossiers sexo des mags féminins regorgent de conseils cliniques, de précisions sur les techniques sous couvert d’humour. Au point que pour une fille qui par exemple n’aurait jamais trouvé son clitoris, ce serait limite un défi d’oser l’avouer, devant cette déferlante d’infos… L’info, c’est précieux, surtout en matière de sexualité. Mais c’est devenu un tel produit que ça finit par enfermer les femmes dans des diktats. La sexualité féminine, après avoir été libérée, est aujourd’hui normatisée par la presse. C’est dommage. Bien sûr, ce n’est pas une vérité absolue, ça demande de la nuance, ce n’est pas le cas pour tous les mags, mais c’est très répandu.
Je ne sais si j’ai bien répondu…
“Je ne sais si j’ai bien répondu…”
Oh que si. Parce qu’en fait c’est marrant j’aurais pu m’en douter, mais je n’avais pas imaginé que la technicisation (pourtant endémique dans nos sociétés modernes) du discours aurait touché jusqu’à l’intime.
Rendre complexe les choses simple a plusieurs avantages non négligeables pour la société de consommation :
- on remplit les cervelles avec de la technique superflue (ça évite de véritablement réfléchir)
- ceux qui comprennent ont l’impression d’appartenir à la caste de ceux “qui sont aware” et cela les motive d’autant plus à acheter les produits qui vont avec cette complexité (laisse moi deviner : on y trouve des sextoy de plus en plus complexes, des manuels de plus en plus pointus, des crèmes stimulant des hormones inconnues grace à des molecules avec des noms à coucher dehors) (nan ?)
- ceux qui ne comprennent pas se sentent rejetées, mais vont se ruer quand même sur les manuels “pour les nuls” écrits justement à leur attention.
Ah.. la complexitude.. ou comment créer des élites, des gourous, des experts, des théories, des techniques, des astuces… pinaise… appliquer ça au sexe, faut avouer c’est baleze. L’extension de la société du spectacle ne connait donc aucune limite
)
En tous cas merci pour tes eclarcissements, c’était vraiment très instructif
)))